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 En ce jour qui marque notre départ, Toby nous a suivi au village et a fini par rejoindre les siens. Dans plusieurs mois, il rejoindra un attelage et accomplira vaillamment sa tâche de chien de traineau. Il sera très probablement le seul chien esquimau du secteur à s'être aventuré aussi loin dans la terre de Liverpool, et à en connaître l'accès par ses hauts cols et ses glaciers. Le plafond nuageux est très bas aujourd'hui, et nous craignons que l'hélicoptère ne puisse effectuer sa première des deux rotations hebdomadaires au village, ce qui nous obligerait à remonter notre campement sur la ''plage'' et à attendre sa prochaine venue en fin de semaine.

Nous rassemblons tout notre matériel, tentes, réchauds, cordes, baudriers, fusées éclairantes...et aidons Mika à les ranger dans les grands sacs de transport. Nous préparons un carton avec ce qu'il reste de nos rations pour les donner à Eric et France sur Ecotroll, il sera le bienvenu pour compléter leur ravitaillement et nul doute que la petite Léonnie apréciera le grand sac de barres chocolatées.

Mika Xavier et moi, nous rendons ensuite au bureau de Nanu Travel (l' office du tourisme local), afin de rendre le fusil que nous avions loué, et de nous enquérir des dernières nouvelles à propos de l'hélico. Nous apprenons, que l'hélicoptère ne décollera pas aujourd'hui, non pas pour des raisons météoroglogiques comme nous le pensions, mais parce que le pilote à dépassé son quotas d'heures de vols en raison d'une opération de sauvetage survenue dans la semaine, et que la loi danoise, très stricte à ce sujet, impose à ce dernier une période de repos. Karina (la gérante de Nanu Travel), nous confirme cependant la venue de l'avion de la Flugfelag Islands à Constable Pynt. Un problème de taille se pose donc à notre groupe: comment rallier Constable Pynt qui se situe au bout d' Hurry Fjord, à une cinquantaine de kilomètre d'Ittoqqortoormiit? Mika part à la recherche d'un moyen de transport, tandis que Guillaume, Eric, Xavier et moi, nous relayons au téléphone satellite pour tenter de joindre Ecotroll parti tôt dans la matinée avec à son bord les trois ornithologues français pour les conduire à Constable Pynt. Tentative vaine, le plafond nuageux est si bas et si dense, que le téléphone ne parvient pas à établir la communication.

Soudain, Mika réapparaît avec d'excellentes nouvelles. Il a négocié le transport avec des pêcheurs du village qui acceptent de nous amener à destination à bord de leur speed-boat (minuscules embarcations de pêche munies d'un moteur sur-puissant), moyennant le prix de la course en hélico.

Mika nous précise également de bâcher tous les sacs et de nous équiper chaudement avec notre tenue Gore-Tex intégrale. « Préparez-vous, la traversée va être sport » ajoutera-t'il. Nous rejoignons « l'embarcadaire ». Ici pas de quai bétonné. Les « barquettes » (le nom que Serge donne à ces petits bateaux) sont mises à l'eau à l'aide d'un bras de grue, et on monte à leur bord comme on peu en s'agrippant aux rochers. Nous sommes répartis dans trois barques. Les Inuits ne font jamais la traversée seuls afin de pouvoir se porter mutuellement assistance en cas de problème. Il est vrai que la traversée du fjord n'est pas sans risques. Les Inuits ne savent pas nager et les bateaux ne sont pas équipés de gilets de sauvetage (leur utilité est d'ailleurs obsolète, car tomber dans des eaux si froides provequerait une hypothermie dans les dix minutes). Tout le monde à enfin pris place à bord des embarcations et le matériel a été réparti pour équilibrer la charge. Notre pilote paraît très jeune, une vingtaine d'année tout au plus. Il ferme sa combinaison, rabat sa capuche, puis après avoir enfilé ses moufles, il mets les gaz. La poussée du moteur est fulgurante. Mika, Xavier, Serge et moi sommes cramponnés à l'arrière du bateau. La proue se dresse vers le ciel et la traversée démarre. Il y a pas mal de vent aujourd'hui. La coque est chahutée par des rouleaux et frappe parfois très violemment la surface de l'eau, donnant l'impression qu'elle va se briser dans un fracas terrifiant. Malgré son jeune âge, notre pilote fait preuve d'une maîtrise et d'une précision exceptionnelles. Mon appréhension du départ cédera à cause d' une franche partie de rigolade occasionnée par la découverte de ce nouveau ''manège à sensation''. Après une heure et demi de traversée, les petits bâtiments rouges de l'aéroport de Constable apparaissent au loin. Ecotroll et Polar Bear (un voilier d'expédition polaire) se préparent eux-aussi à accoster. Notre vitesse se réduit, nous jetons l'ancre. Nous sommes à Constable en seul morceau! La dépanneuse de l'aéroport vient jusqu'à nous. Nous débarquons et prenons place à l'arrière du camion avec tous nos sacs. Au petit aéroport, nous retrouvons France, Eric et les ornithologues. Au chaud, dans la petite salle d'attente, nous improvisons un casse-croûte avec les restes de charcuterie et de fromage, sous les regards ébahis des Inuits et des reporters de Polar Bear qui n'en croient pas leurs yeux. La tradition culinaire française, c'est quelque chose que l'on se doit de respecter, même au bout du monde...

Le petit Fokker 50 en provenance et à destination de l'Islande attérit. L'heure des ''au revoir''. Nous saluons une dernière fois la sympathique petite famille d' Ecotroll.

A la porte de l'avion , je jette un dernier regard empreint d'émotion vers cette terre qui m'était alors totalement inconnue quelques semaines auparavant, et à laquelle je me suis à présent attaché. Au revoir Kalaallit Nunaat, Terre des Hommes, où mon esprit se perd, envoûté par la beauté glacée des fjords aux eaux profondes, fasciné par ces parois vertigineuses transperçant les glaciers, charmé par la verte toundra aux accents si sauvage, bercé par le silence de ces terres oubliées. 

 

 

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L' Auteur De Ce Blog

  • Frédéric HUILLET
  • Membre du club Alpin Français.
 Passionné de montagne et de terres polaires.
  • Membre du club Alpin Français. Passionné de montagne et de terres polaires.

 

Présentation

Nous sommes sept à avoir vécu cette aventure unique en terre de Liverpool, ce massif montagneux de la côte est du Groenland. Sept à avoir vécu l' expérience Groenlandaise en totale autonomie pendant ces deux semaines qui resteront gravées à jamais dans notre mémoire. La concrétisation d'un rêve qui a été rendu possible grâce à l'agence Terres Oubliees et surtout grâce à Michael Charavin, notre guide au coeur de cet environnement à la fois grandiose mais si loin de tout...

 

Quand on évoque le Groenland, bon nombre de personnes s'imaginent souvent des vastes étendues de glace parfaitement planes. Si c'est le cas pour 85% de la surface de ce vaste pays de plus de 2 millions de km², il en est tout autrement pour la totalité de la côte groenlandaise, ceinturée par une haute chaine de montagnes culminant à plus de 3700m d'altitude et emprisonnant l'inlandsis, calotte glaciaire de près de 3000m d'épaisseur qui recouvre tout le centre du pays. La population composée essentiellement d'Inuits et de Danois, vit concentrée sur la côte ouest qui bénéficie de températures plus ''douces''. La côte est, plus froide en raison d'un courant descendant du pôle, ne regroupe que quelques villages distants entre eux de plusieurs centaines de kilomètres. 

 

C'est justement sur cette côte est que s'est déroulé notre périple, plus particulièrement dans le LiverpoolLand, massif montagneux situé au coeur du Scoresbysund,  complexe de fjords le plus grand de la planète. Nous avons réalisés deux boucles en autonomie au départ d' Ittoqqortoormiit, petit village de 500 habitants, le dernier village de la côte est. Le poids des sacs étaient d'environ 25kg, et nous avons réalisé au total 12 étapes variant en moyenne de 6 à 8h de marche par jour (la plus longue fut de 10h), enchainant pierriers, névés, glaciers, haute montagne, toundra et torrents glacières. Les déchets ont été rapportés à Ittoqqotoormiit. Les liaisons en avion et en hélicoptère que nous avons effectué au Groenland sont des lignes régulières. Ces lignes sont indispensables aux Inuits, elles sont leur unique lien avec le monde, et permettent d'acheminer en plus des personnes, le courrier et des produits frais complétant ainsi les deux seuls ravitaillements annuels pouvant être fait par bateau (la mer n'est navigable que pendant deux mois en été en raison de la banquise qui est présente le restant de l'année).

 

Ce voyage fut riche de rencontres, d'émotions, et d'imprévus...dans des paysages immenses. Alors fermez les yeux et laissez vous transporter par ce récit.

Bienvenue sur ''la terre des hommes'' (Kaalalit Nunat, nom inuit du Groenland), bienvenue au Groenland...

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