Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
/ / /

Xavier me prend en photo. Je me tiens debout sur le sommet du Trefoden, les bras en croix et j'ai envie de crier ''je suis le roi du monde!'' à la manière de Léonardo Di Caprio dans le film ''Titanic''. La vue est aérienne, le paysage à couper le souffle. Nous sommes le 30 juillet. Depuis mon étroite plateforme, j'aperçois l' effrayante crête de ce sommet sans nom, sur laquelle nous serons dans quelques instants. Même Mika semble perplexe concernant la stratégie à adopter pour forcer le passage de ce géant de pierre flanqué de dévers très inclinés à faire palir le plus téméraire d'entre nous. Par précaution, nous enfilons nos baudriers avant de nous engager. La crête descend d'abord de manière assez abrupte vers un haut col avant de remonter de manière tout aussi abrupte vers la belle pointe du sommet sans nom. Dès les premiers pas, Toby est terrorisé et ne cesse de gémir. Nous l'encourageons à nous suivre et tâchons de le garder dans nos pas. D'abord hésitant, il nous suivra finalement sans trop de difficultés, en suivant scrupuleusement nos traces. Nous abordons la remontée de l' arête et après avoir effectué une reconnaissance, Mika trouvera finalement un passage sur le flanc Nord pour contourner les barres rocheuses et à la mi-journée nous parviendrons à nous hisser non loin du sommet en remontant un éboulis raide et instable qui nous aura cependant donné quelques sueurs froides. Après une courte pause déjeuner, nous rendons une brève visite au sommet du pic sans nom et reprenons aussitôt notre parcours en crête. Nous devons à présent descendre sur le glacier qui nous fait face en empruntant un couloir présentant une pente raide dont nous jugeons l'inclinaison entre 40 et 45°. Nous plongeons dans le couloir. L' éboulis y est à nouveau instable, comme toujours ici, mais la descente est finalement agréable et plutôt ludique. Nos talons glissent et s'enfoncent progressivement pour venir se caler dans les amas de cailloux qui se forment sous nos pieds au fur-et-à-mesure que nous descendons. On croirait descendre un couloir de neige. Toby semble s'être adapté a ce terrain de haute montagne, inhabituel pour lui. Il nous suit sans se plaindre. L'arrivée sur le glacier sera un peu plus problématique. Une rimaye entrave la sortie du couloir et nous allons devoir  la contourner avant de prendre pied sur la langue de glace. Mika est resté très évasif sur notre destination du jour, mais depuis la veille il nous promet un emplacement de bivouac exceptionnel. Après nous être équipé, nous et Toby (maintenant qu'il est le seul chien du groupe, il nous est plus facile de lui confectionner un baudrier improvisé à l'aide d'une de nos sangles d'assurage), nous traversons la vaste langue de glace qui recouvre la vallée. Pour moi c'est un bonheur sans cesse renouvelé que de fouler un glacier. La neige et la glace sont mes éléments de prédilection, je m'y sens comme un ''poisson dans l'eau'', et même si je ne suis pas aussi démonstratif que Toby (qui à chaque passage sur la neige se roule dedans et court dans tous les sens) , je me sens aussi enthousiaste qu'un enfant le matin de Noël, prêt à déballer ses cadeaux.

Nous approchons du bord du glacier et devinons bientôt le lieu de notre prochain bivouac, qu'il va nous falloir rejoindre au prix d'un ultime effort. La dernière pente est raide, nous sommes dans notre huitième heure de marche et la fatigue commence à se faire sentir. Les éboulis groenlandais sont vraiment redoutables.A chaque pas à essayer de faire des marches pour ancrer la chaussure dans le pierrier, nous redescendons de quasiment un mètre, entrainé par ce véritable tapis de billes minérales qui commence à exaspérer les esprits en cette fin de journée. Encore un dernier névé, et enfin nous parvenons à notre emplacement de bivouac. Mika ne nous avait pas menti, l'endroit est vraiment exceptionnel. Il s'agit d'un haut col constitué d'une petite plateforme posée en équilibre entre deux glaciers. Face à nous, les arêtes déchiquetés et les parois verticales du Roscoe Bjerge. Ce soir nous allons pour la première fois voir le Soleil finir sa course derrière l'horizon. Un très grand moment. Aussi, après le repas, décidons nous avec Xavier de ne pas monter la tente et de dormir à ''la belle étoile'' (façon de parler puisqu'il n'y a pas de nuit). Nos duvets sont donnés pour une température de confort de -10°C, et nous sommes encore à quelques semaines des premières gelées. Le ciel est clair. Les conditions sont idéales. 2h du matin. Les chasseurs d'images que nous sommes Xavier et moi, sont en éveil, appareil photo à la main à attendre LE moment. Le soleil vient de passer derrière les remparts du Roscoe Bjerge et nous attendons qu'il se montre à nouveau. Puis, l'instant magique. L' astre céleste réapparaît, embrasant les pointes acérées des montagnes et inondant le glacier de cette belle lumière rose. Le calme absolu. Tous les autres sont endormis. Nos sommes seuls au monde à contempler ce spectacle de toute beauté. Mon meilleur souvenir du Groenland.

 

Lire la suite...

http://img153.imageshack.us/img153/1900/img2734wv.jpg

http://lh6.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-57hR4SVI/AAAAAAAAEIo/phamGspzRaM/s512/RIMG0409.JPG

http://lh6.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6aNbeqHI/AAAAAAAAEME/BFUImi9SBPw/s512/RIMG0477.JPGhttp://lh6.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6QYIBtrI/AAAAAAAAELE/MSWAqd5hAgE/s512/RIMG0452.JPG

http://lh5.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-59qXjUCI/AAAAAAAAEI4/TgxQ1svcsQ4/s912/RIMG0412.JPGhttp://lh4.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6RZsnhfI/AAAAAAAAELM/x7tJ9pbDiJ0/s512/RIMG0456.JPGhttp://lh6.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6Y9dTXbI/AAAAAAAAEL8/OgkQZf-CPDE/s512/RIMG0471.JPG

http://lh4.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6TMpYRTI/AAAAAAAAELc/VzuVBwEmPCw/s800/RIMG0463.JPG

http://lh5.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6eQkodUI/AAAAAAAAEMs/lz9AS902eGY/s912/RIMG0489.JPG

http://lh4.ggpht.com/_GeYAyGGqroY/TF-6fPjoITI/AAAAAAAAEM4/j9_I1mKWzx4/s640/RIMG0500.JPG

 

 

 

 

 

Partager cette page

Repost 0
Published by

L' Auteur De Ce Blog

  • Frédéric HUILLET
  • Membre du club Alpin Français.
 Passionné de montagne et de terres polaires.
  • Membre du club Alpin Français. Passionné de montagne et de terres polaires.

 

Présentation

Nous sommes sept à avoir vécu cette aventure unique en terre de Liverpool, ce massif montagneux de la côte est du Groenland. Sept à avoir vécu l' expérience Groenlandaise en totale autonomie pendant ces deux semaines qui resteront gravées à jamais dans notre mémoire. La concrétisation d'un rêve qui a été rendu possible grâce à l'agence Terres Oubliees et surtout grâce à Michael Charavin, notre guide au coeur de cet environnement à la fois grandiose mais si loin de tout...

 

Quand on évoque le Groenland, bon nombre de personnes s'imaginent souvent des vastes étendues de glace parfaitement planes. Si c'est le cas pour 85% de la surface de ce vaste pays de plus de 2 millions de km², il en est tout autrement pour la totalité de la côte groenlandaise, ceinturée par une haute chaine de montagnes culminant à plus de 3700m d'altitude et emprisonnant l'inlandsis, calotte glaciaire de près de 3000m d'épaisseur qui recouvre tout le centre du pays. La population composée essentiellement d'Inuits et de Danois, vit concentrée sur la côte ouest qui bénéficie de températures plus ''douces''. La côte est, plus froide en raison d'un courant descendant du pôle, ne regroupe que quelques villages distants entre eux de plusieurs centaines de kilomètres. 

 

C'est justement sur cette côte est que s'est déroulé notre périple, plus particulièrement dans le LiverpoolLand, massif montagneux situé au coeur du Scoresbysund,  complexe de fjords le plus grand de la planète. Nous avons réalisés deux boucles en autonomie au départ d' Ittoqqortoormiit, petit village de 500 habitants, le dernier village de la côte est. Le poids des sacs étaient d'environ 25kg, et nous avons réalisé au total 12 étapes variant en moyenne de 6 à 8h de marche par jour (la plus longue fut de 10h), enchainant pierriers, névés, glaciers, haute montagne, toundra et torrents glacières. Les déchets ont été rapportés à Ittoqqotoormiit. Les liaisons en avion et en hélicoptère que nous avons effectué au Groenland sont des lignes régulières. Ces lignes sont indispensables aux Inuits, elles sont leur unique lien avec le monde, et permettent d'acheminer en plus des personnes, le courrier et des produits frais complétant ainsi les deux seuls ravitaillements annuels pouvant être fait par bateau (la mer n'est navigable que pendant deux mois en été en raison de la banquise qui est présente le restant de l'année).

 

Ce voyage fut riche de rencontres, d'émotions, et d'imprévus...dans des paysages immenses. Alors fermez les yeux et laissez vous transporter par ce récit.

Bienvenue sur ''la terre des hommes'' (Kaalalit Nunat, nom inuit du Groenland), bienvenue au Groenland...

accédez au carnet de voyage

Recherche

Référencement


Paperblog